Occlusion et amalgame Jean-Claude Crottaz Médecin-Dentiste
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Occlusion

Pour ne pas alourdir le texte et en rendre la lecture plus fluide, certains termes en gris clair renvoient au glossaire où ils sont développés. Un simple clic sur le mot suffit.
 

Définition et description

Tout le monde sait ce qu’est une carie, une couronne, voire un implant, mais qu’est-ce donc que l’occlusion?

En médecine dentaire, l’occlusion définit la fermeture de la bouche lorsque les dents des maxillaires supérieur et inférieur (ou mandibule) entrent en contact. En dérivent les termes d’occlusion centrée, d’occlusion excentrée, de malocclusion, de surocclusion, sus-occlusion, sous-occlusion, etc., toutes variantes qui, comme vous l’imaginez, montrent à l’envi que l’on ne ferme jamais la bouche "comme dans le livre"!

Lors d’un engrenage correct des dents inférieures et supérieures, avec "les creux dans les bosses", on parle d’intercuspidation maximale (en jargon technique: creux = fosses, et bosses = cuspides). Ce contact ne dure qu’une demi-seconde lors de la déglutition salivaire, qui se produit de manière réflexe une fois par minute. Pour 0.5 seconde de contact, on dispose donc de 59.5 secondes de repos. Mais cette demi-seconde revêt une importance toute particulière en cas de déséquilibre occlusal.

   
La malocclusion ou occlusion dysfonctionnelle...

Prenons pour exemple une dent "trop haute" de quelques centièmes de millimètres. Nous sommes sensibles à une variation de 0.01 mm (1 centième de mm, l’épaisseur d’un cheveu sur la langue!), ceci grâce à ce que l’on appelle des propriocepteurs. Ces microscopiques récepteurs neurosensoriels enregistrent les positions dans l’espace tridimensionnel ainsi que les mouvements de pression, tension ou torsion, toutes informations qui sont transmises au Système Nerveux Central. Une fois par minute, 60 fois par heure (!), cette surélévation va perturber le bon équilibre de l’occlusion. Soit par évitement, soit par contraction musculaire augmentée (pour atteindre en dépit de l’obstacle le contact avec les autres dents), ceci va finir par entraîner une dérégulation permanente de la fonction neuromusculaire. Et cette dernière va avoir pour conséquence les troubles suivants:

   
... et ses conséquences

1° Au niveau bucco-dentaire: bruxisme nocturne ou "serrement" excessif diurne des mâchoires, érosions et abrasions dentaires, mobilisation et pertes de dents, contractures et douleurs des muscles manducateurs et linguaux (glossodynie), perturbations musculaires faciales (tics).

2° Au niveau de la face et du dos:
- Par la voie neurologique réflexe, des douleurs de l’Articulation Temporo-Mandibulaire (ATM) avec irradiation sur la face (céphalées, migraines, névralgies) et les muscles cervicaux et dorsaux. Le S.A.D.A.M., ou Syndrome Algo-Dysfonctionnel de l’Appareil Manducateur, en est l’une des manifestations locales les plus spectaculaires. Autres troubles locaux plus particulièrement liés à l’oreille: bourdonnements, sifflements, acouphènes, et vertiges associés.

- Par voie fonctionnelle, des douleurs musculaires au niveau des régions cervicales, dorsales et lombaires. Les muscles de la face et du cou étant en relation indirecte avec la région cervico-scapulaire, ils influencent tout le système musculo-tendineux cranio-sacré (muscles et ligaments dorsaux, de la nuque au coccyx) et donnent également lieu à des douleurs plus périphériques (hanches, jambes, genoux) ressenties comme des tensions, contractures, brûlures, symptomatiques de la fibromyalgie, syndrome parfois un peu snobé par le corps médical, mais parfaitement reconnu comme tel dès 1990, et déjà très bien décrit à l’époque par l’American College of Rheumatology.

- De manière plus générale, cette malocclusion peut entraîner toutes sortes de troubles relativement invalidants: grande fatigue physique et psychique, syndrome de fatigue chronique (SFC), diminution de la concentration, états dépressifs, etc.

   
Son origine

On distinguera deux grandes catégories de causes possibles:

1° celles "à distance" c’est-à-dire où la cavité buccale n’est pas concernée
2° celles directement concernées par les arcades dentaires

Dans le premier groupe, les postures nocives ont leur importance; citons la plus connue, la position du dormeur "à plat ventre", avec rotation de la tête pour permettre la respiration, et appui latéral sur la mandibule. D’autres causes à distance: atteinte du système nerveux central, myopathies, traumatisme de l’ATM suite à un accident ou à une chute, arthropathies.

Dans le deuxième groupe, on recensera notamment les malpositions dentaires, une édentation partielle, l’égression d’une dent de sagesse, une carie douloureuse ou une infection dentaire entraînant l’évitement de la dent causale. Et n'oublions pas les causes iatrogènes (c.-à-d. suite à un traitement dentaire): obturations occlusales et prothèses fixes (couronnes) trop "hautes", prothèses amovibles mal adaptées, erreur ou échec orthodontique.

   
Le traitement occlusal

Contrairement aux théories et techniques mécanistes de la gnathologie américaine, progressivement abandonnées depuis une dizaine d’années, l’approche actuelle de l’occlusion se base essentiellement sur les données de la physiologie et de la biochimie musculaire. Pour la bonne compréhension de ce qui va suivre, il paraît utile de citer l’un des pères fondateurs de cette discipline, Albert Jeanmonod, Professeur Honoraire de la Faculté de Chirurgie dentaire Paris VII:

"L’occlusodontologie peut être définie comme étant l’étude de l’occlusion dentaire, de son évolution au cours de la vie, de ses anomalies, et de leurs répercussions pathologiques. Le terme occlusodontie s’applique, lui, à l’ensemble des thérapeutiques qui s’adressent à l’occlusion dysfonctionnelle..."

Ces définitions étant données, voyons succinctement comment procéder. Statistiquement, on estime à 75% la proportion de gens sujets à des troubles de l’articulé dentaire, ceci à des degrés divers.

Outre l’anamnèse, qui nous donnera des indications précieuses sur le "vécu" médical du patient, on procédera à l’analyse occlusale proprement dite, examen qui nécessitera au préalable l’obtention d’une relaxation musculaire, plus spécifiquement celle des muscles élévateurs de la mandibule, relaxation plus ou moins difficile à obtenir, c’est selon.

Après mise en évidence des prématurités et autres interférences responsables de la dysharmonie occlusale, on procédera à leur élimination par meulages sélectifs. Dans la plupart des cas - majoritaires - de surocclusion, 2 ou 3 séances suffiront pour rétablir un bon équilibre et assurer un nouveau confort au patient. Ces meulages ne concernent que la partie superficielle de l’émail (le 2/100ème de son épaisseur) et sont donc absolument indolores - rien à comparer avec le siège bancal dont on scie les pieds à tour de rôle pour se retrouver assis… à terre ! La dimension verticale est conservée et vous repartez avec toutes vos dents.

Il est entendu que cette procédure ne s’applique pas à tous les cas. Outre le problème de surocclusion décrit ci-dessus (une dent "trop haute") ou la sus-occlusion (groupe de dents "trop hautes" et suppression de l’espace libre de repos existant dans les conditions normales entre les deux maxillaires), on peut aussi constater des sous-occlusions, des béances et autres édentations nécessitant la mise en œuvre de restaurations plus ou moins complexes (obturations, prothèses amovibles ou fixes telles qu’inlays, ponts et couronnes).

 

On aura compris que le rétablissement d’une fonction dento-dentaire harmonieuse
prendra en compte la relation intermaxillaire dans sa totalité.
En d’autres termes, il faudra procéder à l’établissement
d’un plan de traitement global de réhabilitation prothétique et occlusale.

 

   
Remarque importante

De nombreux praticiens rencontrent un taux de récidives fréquent dans leur consultation d’ostéopathie concernant des douleurs dorsales (cervicales, mais aussi lombaires). Ils soupçonnent alors un problème d’occlusion et les tests effectués (test de la cale dentaire par ex.) confirmant leurs doutes, nous adressent leurs patients. En effet, tant que le traitement occlusal n’aura été mené à bien, le déséquilibre neuromusculaire persistera et mènera, par voie fonctionnelle et réflexe, à la récidive. L’intervention de l’ostéopathe (ou ses "équivalents" en médecine manuelle, médecine chinoise, chiropractie, acupuncture, etc.) devient donc primordiale après rétablissement d’une certaine harmonie occlusale, ceci dans le but de "confirmer" le nouvel équilibre obtenu.

 

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