Pour ne pas alourdir le texte et
en rendre la lecture plus fluide, certains termes en
gris clair renvoient au glossaire où ils sont
développés. Un simple clic sur le mot
suffit.
|
| Définition
et description |
|
|
Tout le monde sait ce qu’est une carie, une couronne,
voire un implant, mais qu’est-ce donc que l’occlusion?
En médecine dentaire, l’occlusion définit
la fermeture de la bouche lorsque les dents des maxillaires
supérieur et inférieur (ou mandibule) entrent
en contact. En dérivent les termes d’occlusion
centrée, d’occlusion excentrée, de malocclusion,
de surocclusion, sus-occlusion, sous-occlusion, etc., toutes
variantes qui, comme vous l’imaginez, montrent à
l’envi que l’on ne ferme jamais la bouche "comme
dans le livre"!
Lors d’un engrenage correct des dents inférieures
et supérieures, avec "les creux dans les bosses",
on parle d’intercuspidation maximale (en jargon technique:
creux = fosses, et bosses = cuspides). Ce contact ne dure
qu’une demi-seconde lors de la déglutition salivaire,
qui se produit de manière réflexe une fois par
minute. Pour 0.5 seconde de contact, on dispose donc de 59.5
secondes de repos. Mais cette demi-seconde revêt une
importance toute particulière en cas de déséquilibre
occlusal.
| |
|
| La
malocclusion ou occlusion dysfonctionnelle... |
|
|
Prenons pour exemple une dent "trop haute" de quelques
centièmes de millimètres. Nous sommes sensibles
à une variation de 0.01 mm (1 centième de mm,
l’épaisseur d’un cheveu sur la langue!),
ceci grâce à ce que l’on appelle des propriocepteurs.
Ces microscopiques récepteurs neurosensoriels enregistrent
les positions dans l’espace tridimensionnel ainsi que
les mouvements de pression, tension ou torsion, toutes informations
qui sont transmises au Système Nerveux Central. Une
fois par minute, 60 fois par heure (!), cette surélévation
va perturber le bon équilibre de l’occlusion.
Soit par évitement, soit par contraction musculaire
augmentée (pour atteindre en dépit de l’obstacle
le contact avec les autres dents), ceci va finir par entraîner
une dérégulation permanente de la fonction neuromusculaire.
Et cette dernière va avoir pour conséquence
les troubles suivants:
1° Au niveau bucco-dentaire: bruxisme
nocturne ou "serrement" excessif diurne des mâchoires,
érosions et abrasions dentaires, mobilisation et pertes
de dents, contractures et douleurs des muscles
manducateurs et linguaux (glossodynie),
perturbations musculaires faciales (tics).
2° Au niveau de la face et du dos:
- Par la voie neurologique réflexe, des douleurs de
l’Articulation
Temporo-Mandibulaire (ATM) avec irradiation sur la face
(céphalées, migraines, névralgies) et
les muscles cervicaux et dorsaux. Le S.A.D.A.M.,
ou Syndrome Algo-Dysfonctionnel de l’Appareil Manducateur,
en est l’une des manifestations locales les plus spectaculaires.
Autres troubles locaux plus particulièrement liés
à l’oreille: bourdonnements, sifflements, acouphènes,
et vertiges associés.
- Par voie fonctionnelle, des douleurs musculaires au niveau
des régions cervicales, dorsales et lombaires. Les
muscles de la face et du cou étant en relation indirecte
avec la région
cervico-scapulaire, ils influencent tout le système
musculo-tendineux cranio-sacré (muscles et ligaments
dorsaux, de la nuque au coccyx) et donnent également
lieu à des douleurs plus périphériques
(hanches, jambes, genoux) ressenties comme des tensions, contractures,
brûlures, symptomatiques de la fibromyalgie,
syndrome parfois un peu snobé par le corps médical,
mais parfaitement reconnu comme tel dès 1990, et déjà
très bien décrit à l’époque
par l’American College of Rheumatology.
- De manière plus générale, cette malocclusion
peut entraîner toutes sortes de troubles relativement
invalidants: grande fatigue physique et psychique, syndrome
de fatigue chronique (SFC), diminution de la concentration,
états dépressifs, etc.
On distinguera deux grandes catégories
de causes possibles:
1° celles "à distance"
c’est-à-dire où la cavité buccale
n’est pas concernée
2° celles directement concernées par les arcades
dentaires
Dans le premier groupe, les postures nocives
ont leur importance; citons la plus connue, la position du
dormeur "à plat ventre", avec rotation de
la tête pour permettre la respiration, et appui latéral
sur la mandibule. D’autres causes à distance:
atteinte du système nerveux central, myopathies, traumatisme
de l’ATM suite à un accident ou à une
chute, arthropathies.
Dans le deuxième groupe,
on recensera notamment les malpositions dentaires, une édentation
partielle, l’égression d’une dent
de sagesse, une carie douloureuse ou une infection dentaire
entraînant l’évitement de la dent causale.
Et n'oublions pas les causes iatrogènes (c.-à-d.
suite à un traitement dentaire): obturations occlusales
et prothèses fixes (couronnes) trop "hautes",
prothèses amovibles mal adaptées, erreur ou
échec orthodontique.
Contrairement aux théories et techniques mécanistes
de la gnathologie américaine, progressivement abandonnées
depuis une dizaine d’années, l’approche
actuelle de l’occlusion se base essentiellement sur
les données de la physiologie et de la biochimie musculaire.
Pour la bonne compréhension de ce qui va suivre, il
paraît utile de citer l’un des pères fondateurs
de cette discipline, Albert Jeanmonod, Professeur Honoraire
de la Faculté de Chirurgie dentaire Paris VII:
"L’occlusodontologie
peut être définie comme étant l’étude
de l’occlusion dentaire, de son évolution au
cours de la vie, de ses anomalies, et de leurs répercussions
pathologiques. Le terme occlusodontie
s’applique, lui, à l’ensemble des thérapeutiques
qui s’adressent à l’occlusion dysfonctionnelle..."
Ces définitions étant données, voyons
succinctement comment procéder. Statistiquement, on
estime à 75% la proportion de gens sujets à
des troubles de l’articulé dentaire, ceci à
des degrés divers.
Outre l’anamnèse, qui nous donnera des indications
précieuses sur le "vécu" médical
du patient, on procédera à l’analyse occlusale
proprement dite, examen qui nécessitera au préalable
l’obtention d’une relaxation musculaire, plus
spécifiquement celle des muscles élévateurs
de la mandibule, relaxation plus ou moins difficile à
obtenir, c’est selon.
Après mise en évidence des prématurités
et autres interférences responsables de la dysharmonie
occlusale, on procédera à leur élimination
par meulages sélectifs. Dans la plupart des cas - majoritaires
- de surocclusion,
2 ou 3 séances suffiront pour rétablir un bon
équilibre et assurer un nouveau confort au patient.
Ces meulages ne concernent que la partie superficielle de
l’émail (le 2/100ème de son épaisseur)
et sont donc absolument indolores - rien à comparer
avec le siège bancal dont on scie les pieds à
tour de rôle pour se retrouver assis… à
terre ! La dimension verticale est conservée et vous
repartez avec toutes vos dents.
Il est entendu que cette procédure ne s’applique
pas à tous les cas. Outre le problème de surocclusion
décrit ci-dessus (une dent "trop haute")
ou la sus-occlusion
(groupe de dents "trop hautes" et suppression de
l’espace libre de repos existant dans les conditions
normales entre les deux maxillaires), on peut aussi constater
des sous-occlusions, des béances et autres édentations
nécessitant la mise en œuvre de restaurations
plus ou moins complexes (obturations, prothèses amovibles
ou fixes telles qu’inlays, ponts et couronnes).
De nombreux praticiens rencontrent un taux de récidives
fréquent dans leur consultation d’ostéopathie
concernant des douleurs dorsales (cervicales, mais aussi lombaires).
Ils soupçonnent alors un problème d’occlusion
et les tests effectués (test de la cale
dentaire par ex.) confirmant leurs doutes, nous adressent
leurs patients. En effet, tant que le traitement occlusal
n’aura été mené à bien,
le déséquilibre neuromusculaire persistera et
mènera, par voie fonctionnelle et réflexe, à
la récidive. L’intervention de l’ostéopathe
(ou ses "équivalents" en médecine
manuelle, médecine chinoise, chiropractie, acupuncture,
etc.) devient donc primordiale après rétablissement
d’une certaine harmonie occlusale, ceci dans le but
de "confirmer" le nouvel équilibre obtenu.
|